Naturalisation impossible : merci Bruno Retailleau

Refus de naturalisation en juin 2025 pour une soi-disant irrégularité de séjour (durant le Covid!). Le dossier avait été instruit depuis 2023. Après la circulaire de Retailleau, il n’est plus “recevable” à cause du “séjour irrégulier”. Ainsi, le disfonctionnement de la préfecture durant le covid devient tout d’un coup ma propre faute.
Dans le recours j’ai mis toutes les preuves de mes démarches pour obtenir un rendez-vous à la préfecture (jusqu’à devoir saisir le tribunal en 2021)!
Le recours est envoyé en juillet 2025. Quatre mois sont passés. Je n’ ai toujours aucune réponse. Rejet implicite donc? Sur l’ANEF, le recours reste bloqué à “envoyé” (jamais ouvert ?)

A quoi ça sert de faire un recours s’il est même pas examiné ??

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Bonjour,

Votre situation est malheureusement emblématique de ce que de nombreux demandeurs ont vécu après la réforme Retailleau et la réinterprétation stricte des périodes de séjour irrégulier, y compris celles imputables… à l’administration elle-même.

Permettez-moi de vous apporter une analyse juridique claire, point par point.

Sur le refus pour “irrégularité de séjour pendant le Covid”

Avant 2024, les préfectures appliquaient en général un principe de bienveillance concernant les périodes 2020–2021, durant lesquelles il était quasi impossible d’obtenir un rendez-vous.
La charge de la preuve pesait sur l’administration : elle devait démontrer une véritable irrégularité volontaire.

Depuis la circulaire Retailleau (2024–2025), l’administration applique une lecture strictement littérale, même lorsque l’irrégularité résulte :

  • D’une impossibilité de prendre rendez-vous,

  • D’un dysfonctionnement avéré de la préfecture,

  • Ou d’un recours au tribunal administratif.

C’est juridiquement très très très contestable, mais c’est ce qui explique votre refus…

Le fait que vous ayez saisi le tribunal en 2021 est une preuve majeure

Le recours au tribunal administratif pendant la crise sanitaire prouve :

  • Que vous étiez en situation régulière avant,

  • Que vous n’avez jamais voulu être irrégulier,

  • Que vous avez tout fait pour rester dans la légalité,

  • Et surtout que l’irrégularité n’est pas imputable à vous, mais à l’administration !

Ce point a déjà été reconnu par plusieurs jurisprudences TA en 2022 et 2023.
Votre argument est donc (d’après nous) très solide, même si l’administration fait la sourde oreille…

N’hésitez pas à faire appel à un avocat

Un avocat en droit des étrangers peut vous aider à discuter et obliger l’administration à vous répondre et à reconsidérer votre dossier. Si cela vous intéresse nous avons un partenariat privilégié avec plusieurs avocats spécialistes, n’hésitez pas à nous contacter directement par email ou à cliquer ci-dessous pour trouver un avocat partenaire de France Accueil.

Sur le recours : 4 mois sans réponse = rejet implicite ?

Malheureusement oui, juridiquement, l’absence de réponse après 4 mois vaut rejet implicite.
C’est l’article L. 231-4 du CRPA qui s’applique. MEME SI ça peut également être juste un retard de traitement mais ça reste peu probable.

Mais attention :
Un rejet implicite n’est jamais une décision “définitive”.

Pourquoi ?
Parce que l’administration est tenue d’examiner le recours, même après le délai.
Beaucoup de personnes voient leur recours ouvert, examiné, ou même accepté après les 4 mois.
L’absence d’ouverture dans l’ANEF ne signifie pas “refus sur le fond”, mais simplement que le dossier n’a pas encore été traité matériellement.

C’est malheureusement très courant, ce qui laisse les gens un peu perdus entre “un rejet implicite légal” et un “délai de traitement trop lent”.

“À quoi ça sert de faire un recours si personne ne l’examine ?”

C’est une réaction parfaitement compréhensible.
Voici la réalité, sans langue de bois :

  • Les services de la nationalité sont débordés depuis la réforme.

  • Les recours administratifs (RAPO) sont souvent traités avec retard, parfois 6 à 12 mois après le dépôt.

  • L’ANEF n’est pas synchronisé en temps réel avec les actions internes de la SDANF.

  • De nombreux dossiers restent affichés “envoyés” alors qu’ils sont en cours d’étude.

Et surtout :
Même un rejet implicite ouvre la voie au recours contentieux, ce qui (nous pensons) est essentiel dans votre cas.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Votre situation est typiquement celle où il faut enchaîner immédiatement avec un recours hiérarchique ou contentieux, car :

  • Vous avez des preuves solides de vos démarches,

  • L’irrégularité invoquée n’est pas imputable au demandeur,

  • Le refus se fonde sur une interprétation très discutable de l’administration,

  • Et les juridictions administratives sont beaucoup plus nuancées sur les irrégularités Covid.

Concrètement :

  1. Préparez un recours contentieux devant le tribunal administratif dans les 2 mois suivant le rejet implicite.

  2. Joignez :

    • Les preuves de tentatives de rendez-vous,

    • La décision du tribunal en 2021,

    • Les captures de mails,

    • Toute preuve de démarches actives,

    • Et la décision de refus initiale.

  3. Insistez sur l’absence de volonté d’être irrégulier et l’imputabilité à l’administration (jurisprudence constante TA).

  4. Idéalement comme indiquer plus haut, vous pouvez vous faire aider par un avocat spécialisé en droit des étrangers pour faire valoir vos droits et ne pas perdre de temps avec les lourdeurs administratives.

En gros

  • Non, votre recours n’est pas perdu : il peut encore être examiné.

  • Oui, l’absence de réponse vaut rejet implicite, mais ce n’est pas la fin du dossier pour autant.

  • Vous avez un dossier très solide pour un contentieux, car d’après nous l’irrégularité Covid imputable à l’État n’est pas un motif légal valable de refus.

  • L’ANEF qui affiche “envoyé” n’a aucune valeur juridique : c’est courant.

Si vous le souhaitez, vous pouvez solliciter l’aide de l’un de nos avocats partenaires qui prendra en main votre dossier et qui pourra vous aider à formuler un modèle complet de recours contentieux, avec les arguments les plus solides pour votre cas précis. Et si besoin prendre en main votre dossier devant la justice.

Cordialement,
Votre expert en démarches pour étrangers en France
Naturalisation@FranceAccueil.com

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Bonjour,

Cette conversation me fait poser des questions. Pour quelques semaines sans titre de séjour à cause d’une convocation tardive pour le retrait du titre précédent et puis un blocage ANEF empêchant le dépôt de la demande du nouveau titre : ça peut poser un problème de refus de naturalisation ? En cas de refus, est-il définitif (sans possibilité de redéposer de demande dans quelques années, comme pour un ajournement) ?

Et si le demandeur est ressortissant d’un pays exempté de visa Schengen pour le tourisme, c’est-à-dire il peut rester jusqu’à 90 jours après la validité du titre ? ces quelques semaines sont-elles considérées comme du “séjour irrégulier” s’il n’a pas travaillé entre-temps ?

Merci pour votre réponse !

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Bonjour,

Je comprends votre ressenti, et vous n’êtes clairement pas le seul dans cette situation. Beaucoup de personnes ont le sentiment que la naturalisation est devenue « impossible ». En réalité, elle n’est pas impossible, mais les exigences ont été nettement renforcées, surtout sur certains critères clés.

Je vous apporte une réponse factuelle pour que vous compreniez ce qui se passe vraiment.


Ce qui a réellement changé récemment

Depuis 2024–2025, l’administration applique de manière beaucoup plus stricte certains critères, notamment :

  • L’insertion professionnelle,

  • La stabilité des revenus,

  • La régularité fiscale,

  • La cohérence du parcours.

:backhand_index_pointing_right: Là où avant certains dossiers passaient « limite », aujourd’hui ils sont plus souvent :

  • Ajournés (1 ou 2 ans),

  • Voire refusés.


Ce n’est pas une fermeture, mais une sélection plus stricte

Il faut bien comprendre :

  • La naturalisation par décret reste discrétionnaire,

  • L’État choisit les profils qu’il estime « suffisamment intégrés ».

:backhand_index_pointing_right: Aujourd’hui, le niveau d’exigence est simplement plus élevé qu’avant.


Les profils qui passent toujours

Contrairement à ce que l’on peut lire, beaucoup de dossiers continuent d’aboutir, notamment :

  • CDI stable depuis plusieurs années,

  • Revenus réguliers et suffisants,

  • Situation fiscale irréprochable,

  • Parcours clair et cohérent,

  • Bonne intégration.

:backhand_index_pointing_right: Ces dossiers passent toujours.


Les profils qui bloquent aujourd’hui

Les difficultés apparaissent surtout pour :

  • Situations professionnelles récentes ou instables,

  • Périodes de chômage ou revenus irréguliers,

  • Erreurs fiscales (même involontaires),

  • Incohérences dans le parcours.

:backhand_index_pointing_right: Ce sont ces dossiers qui sont aujourd’hui davantage ajournés.


Ce qu’il faut retenir

  • Non, la naturalisation n’est pas devenue impossible.

  • Oui, elle est devenue plus exigeante et plus sélective.

  • Le succès dépend désormais beaucoup plus de la qualité du dossier que du simple temps de présence en France.


Conseil important

Plutôt que de voir cela comme un blocage, il faut le voir comme :

:backhand_index_pointing_right: Un signal pour adapter sa stratégie :

  • Sécuriser sa situation professionnelle,

  • Stabiliser ses revenus,

  • Corriger toute irrégularité fiscale,

  • Déposer au bon moment.


En résumé

  • Le contexte s’est durci, mais les naturalisations continuent.

  • Les dossiers solides passent toujours.

  • Les dossiers « moyens » sont aujourd’hui filtrés.


Cordialement,
Expert en démarches pour étrangers en France

Naturalisation@FranceAccueil.com

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Franchement, ce que je déduis de tout ça, c’est qu’il y a des règles pour nous, et il en a d’autres, pour la préfecture, et que ce ne sont clairement pas les mêmes.
J’ai consulté plusieurs juristes, et tous parlent d’un abus de pouvoir. Je me demande si ma nationalité ne joue pas, ou si c’est juste ma tête qui ne leur plaît pas, ou mon parcours.
Pendant le Covid, j’ai tout fait pour renouveler mon titre : des mois à envoyer des mails, appeler, envoyer des recommandés… Jusqu’à devoir saisir le tribunal, qui m’a donné raison. Et tout ça en étant enceinte, puis avec un bébé de trois mois dans les bras.
Le jour du rendez-vous imposé par le tribunal, malgré un dossier complet, on ne m’a même pas donné de récépissé, mais juste une “attestation de dépôt”, un papier sans aucune valeur juridique, me laissant en situation irrégulière encore 7 mois!! Alors que je suis parent d’un enfant français.
Aujourd’hui, ils refusent complètement de reconnaître l’enfer qu’ils m’ont fait subir durant le covid et font comme si tout était de ma faute. Pourtant la notion de responsabilité administrative existe bien dans le droit français. Pas pour la préfecture apparemment…
Donc voilà : plus de 10 ans en France, des diplômes français, un CDI, un enfant français de 5 ans, titre de dix ans,… et la préfecture me rejette pour une irrégularité imposée par elle-même.
Ils ont traîné mon dossier 2 ans, m’ont fait passer un entretien en juillet 2024, pour au final me dire, un an plus tard, qu’il est irrecevable. Et comme par hasard, juste après la circulaire Retailleau.
J’ai fait un recours : aucune réponse. Le Défenseur des droits est intervenu : aucune réponse non plus. Maintenant, c’est au tribunal. On verra.

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