Je souhaiterais avoir votre avis sur l’opportunité de déposer prochainement une demande de naturalisation par décret au titre de l’article 21-18, 1° du Code civil.
Mon parcours est le suivant :
– arrivée en France en août 2023 avec un VLS-TS étudiant ;
– deux années d’études supérieures réussies en France (2023-2024 et 2024-2025) ;
– obtention en 2025 d’un diplôme d’ingénieur français conférant le grade de Master ainsi que d’un Master 2 français ;
– plusieurs expériences professionnelles/stages en France dans l’industrie pendant mes études depuis 2023 ;
– passage du statut étudiant au statut salarié en 2025 ;
– CDI cadre dans l’industrie depuis août 2025, dans un emploi directement lié à ma formation ;
– salaire passé d’environ 2 750 € à 3 100 € brut/mois ;
– situation fiscale à jour et ressources stables ;
– DELF B2 et examen civique réussi (38/40).
Je souhaiterais déposer ma demande dès réception de mon nouveau titre de séjour, probablement à l’automne 2026. J’aurai alors un peu plus d’un an d’ancienneté dans mon CDI, mais mon parcours professionnel en France a commencé dès mes études avec plusieurs stages/expériences dans le même secteur.
Pensez-vous que ce profil présente aujourd’hui une insertion professionnelle suffisamment « avérée et durable » pour un dépôt, ou existe-t-il selon vos REX récents un risque important d’ajournement en raison de l’ancienneté encore relativement récente du CDI ?
Avez-vous notamment connaissance de dossiers récents comparables relevant de l’article 21-18 (étudiant → diplôme français → CDI récent) ayant reçu une décision favorable ou un ajournement ?
Sur le critère de résidence, votre situation correspond bien, a priori, au cas prévu par l’article 21-18, 1° du Code civil : le stage de cinq ans est réduit à deux ans pour l’étranger qui a accompli avec succès deux années d’études supérieures en vue d’obtenir un diplôme délivré par une université ou un établissement d’enseignement supérieur français. Avec vos deux années 2023-2025 et vos diplômes français obtenus en 2025, vous avez donc un fondement sérieux pour déposer sans attendre cinq années de résidence.
Il faut toutefois bien distinguer cela de l’insertion professionnelle. L’article 21-18 réduit uniquement la durée de résidence exigée ; il ne donne pas un droit automatique à la naturalisation et ne dispense pas l’administration d’examiner votre stabilité professionnelle, vos ressources, votre comportement et votre assimilation.
Depuis la circulaire du 2 mai 2025, le ministère demande expressément une insertion professionnelle avérée et des ressources stables et suffisantes. Pour les salariés, les orientations actuelles prennent notamment comme référence un CDI de plus d’un an à la date d’examen de la demande, l’administration devant néanmoins apprécier le parcours professionnel dans son ensemble.
C’est justement le point plutôt favorable dans votre dossier : si vous déposez à l’automne 2026, votre CDI commencé en août 2025 aura déjà dépassé un an. Et surtout, il ne s’agit pas d’un CDI isolé sans cohérence avec votre parcours : vous avez obtenu un diplôme d’ingénieur et un Master 2 en France, effectué des expériences dans l’industrie pendant vos études, puis basculé vers un emploi cadre directement lié à votre formation, avec une rémunération qui progresse.
Je ne considérerais pas vos stages comme équivalents à une année de CDI, mais ils peuvent renforcer la cohérence et la continuité de votre insertion en France.
Autre précision importante : lorsqu’on lit que l’insertion professionnelle est appréciée « sur cinq ans », cela ne veut pas dire qu’un bénéficiaire de l’article 21-18 doit malgré tout avoir travaillé cinq ans avant de déposer. Sinon, la réduction légale du stage à deux ans perdrait une grande partie de sa portée. Cela signifie plutôt que l’administration examine le parcours disponible dans son ensemble et recherche une stabilité réelle. L’article 21-18 reste pleinement applicable.
Donc, avec les seuls éléments que vous donnez, je ne vois pas de raison évidente d’attendre deux ou trois années de CDI supplémentaires uniquement par prudence. Si votre nouveau titre de séjour est délivré, que votre CDI est toujours en cours, que vos ressources restent stables et que le reste du dossier est propre, un dépôt à l’automne 2026 me paraît cohérent et défendable.
Je garderais tout de même une nuance : un CDI de plus d’un an n’est pas une garantie de décision favorable. La naturalisation reste une décision relevant du pouvoir d’appréciation de l’administration, qui peut également ajourner une demande. Le décret du 30 décembre 1993 prévoit expressément cette possibilité.
Pour vos deux derniers éléments, DELF B2 + examen civique réussi, vous arrivez également avec les justificatifs correspondant aux nouvelles exigences applicables en 2026.
Concernant les retours d’expérience, je préfère ne pas vous inventer une « jurisprudence de forum » à partir de quelques témoignages. Nous avons bien vu des dossiers article 21-18 récemment, y compris des situations où l’administration avait initialement opposé à tort les cinq années de résidence, mais cela ne permet pas de déduire qu’un profil « diplôme français + 13 mois de CDI » sera systématiquement accepté ou ajourné.
Donc oui, votre parcours paraît entrer dans le dispositif ; insertion professionnelle : votre situation à l’automne 2026 sera nettement plus solide qu’un dépôt effectué juste après la sortie d’études. Personnellement, je préparerais le dossier pour le déposer après réception du nouveau titre plutôt que d’attendre artificiellement 2027 ou 2028 uniquement pour accumuler de l’ancienneté en CDI.
Votre cas est un très bon cas pour éviter deux erreurs fréquentes :
« Article 21-18 = naturalisation assurée après deux ans » : faux ;
« Circulaire 2025 = cinq ans de travail obligatoires » : faux également.
Vous semblez remplir littéralement le 21-18, 1°, et votre CDI aura dépassé un an au moment du dépôt envisagé.
Le risque professionnel ne peut pas être présenté comme nul, mais je ne le qualifierais pas d’important sur les seuls éléments fournis.
Il faut également rester prudent sur les REX : pas de statistique publique permettant de mesurer le taux d’ajournement spécifique des dossiers article 21-18 + jeune diplômé + CDI > 1 an.